Plongée dans mes carnets Moleskine

Bonjour !

Depuis quelques années, je suis devenue accro aux carnets de la marque Moleskine. Dès que j’en finis un, j’en rachète un nouveau. Je m’en sers au quotidien, que ça soit au travail, pour écrire mes listes de courses, ou pour y griffonner quelques dessins. Ce sont ces dessins que je partage avec vous aujourd’hui, extraits de 5 carnets tenus ces dernières années 🙂 Lire la suite

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Illustration pour Fraise et crocodile

Fraise et crocodile !

Tu vois des choses qui en toi se contredisent ; tout homme est complexe. Tu vois ces choses clairement. L’homme est un être lucide depuis qu’il est entré dans l’ère de la fausse raison.

Tu as les yeux grands ouverts et devant toi, l’océan s’étale dans toute sa splendeur, dans toute sa grandeur ; dans sa puissance sans limite, dans sa beauté infinie et suprême.

Tu vis sur une île imaginaire depuis laquelle tu vois vivre les autres. Tu es obligé de parler tout seul, ton esprit est la seule chose saine qui te reste. Des épaves échouent tous les jours sur ta plage et tu les vois en soupirant calmement. Tu es paisible, mais triste. Doux symptôme de la mélancolie. Que feras-tu de ton cadavre, lorsqu’épuisé tu tomberas ? Te laisseras-tu glisser jusqu’à la plage au sable si fin mais si sombre, si brûlant ; si infernal ? Te hisseras-tu jusqu’au sommet de la montagne qui a toujours régné derrière ton épaule, ignorée bien que choyée ; abandonnée bien que vitale ?

La force des choses saura-t-elle toujours te séduire? Les éléments seront-ils toujours aussi puissants ? Ah ! Ne te lasseras-tu donc jamais ? Fais une promesse que jamais tu n’oublies ton île. Parce que bien qu’elle ne fut rien d’autre qu’un simple lieu de passage pour ton corps, elle fait partie des multiples lieux de naissance de ton esprit si fou. O que tout est complexe en ces lieux uniques où l’âme s’égare !

N’oublie pas non plus le goût sucré des fraises qui viennent d’où toi-même tu venais. N’oublies pas l’envie que tu avais toujours de découvrir des milliers de crocodiles, de partout dans le monde. Ces bêtes sauvages ont les dents acérées, elles sont réputées mangeuses d’hommes. Ne sont-elles pas, pourtant, comme toi, incomprises ? Si rocailleuses, si écailleuses, elles ont une armure impénétrable. Comme toi. Et elles mangent autrui pour subsister, comme tu dévores goulûment les esprits qui t’entourent pour t’épanouir enfin.

N’oublie pas que la fraise ne serait pas fraise sans ses immondes pépins qui lui défigurent le visage. Qu’elle ne serait rien sans ses fibres rouges tendues comme des cordes vocales vitales. N’oublie pas que l’inspiration n’est pas que dans la mer, que l’inspiration ne vient ni des montagnes ni de l’enfer, mais qu’elle vient de l’écaille d’un crocodile, de la graine d’une fraise rouge. L’infini se trouve dans les détails qu’il est impossible de vraiment voir chaque jour ; tellement de détails pour seulement deux yeux, deux creux dans le crâne humain.

N’oublie pas la fraise. N’oublie pas le crocodile.

Illustration du poème Fraise et Crocodile

« L’infini se trouve dans les détails »

 

Ce poème vous a-t-il touché ? Dites-moi tout en commentaire !

Avec toi-même, tu es un monstre

Tu es créature des ténèbres qui sous la brûlure du soleil s’évanouit. Tu es démon souriant de l’infini. Tu respires le souffre et expire le feu. Démon, démon, enveloppe-toi dans tes flammes infernales, et laisse tes pâles et jaunissantes larmes brûler ta peau comme de l’acide.

Prends le couteau de tes souvenirs et écorche-toi vif. Sous la menace de l’acier tes pensées seront exaltées, et alors démon terrible tu toucheras à l’infini.

La mélancolie est une lune sombre, vois-tu comme elle est grande, et vois-tu comme elle est noire ? Elle projette sur ton corps des éclats de verre pourpres et est un miroir de ton âme torturée.

Démon, démon, pourquoi t’es-tu laissé torturer ? Ô ton cœur est si cruel, démon, pourquoi le laisses-tu ainsi vivre et penser ?

Des chaînes spirituelles t’attachent à un rocher, Prométhée moderne, humain déchaîné, tu te laisses dévorer par ta propre âme insalubre qui tel un aigle puissant de feu et de glace vient te foudroyer.

Et des vagues de chaleur sulfureuses te fouettent le visage.

Et la terre devient boue pour t’ensevelir de mirages.

Et ton cœur bat, bat, bat ! Ultime virage.

Avant…

Avant la raison palpitante qui vient te recouvrir, tuant ton cœur qui plus jamais ne chante, sauf dans tes souvenirs. Raison, paix immortelle, trahison de ton sang. Démon agile tu étais devenu ton propre Titan, tentant encore et toujours de te renverser.

Créature des ténèbres, tu faisais face à un dilemme mais pourtant tu savais que le seul problème n’était autre que toi-même. Alors laissant de côté ton cœur ensanglanté par ta propre lame, laissant expirer les tréfonds sombres et pervers de ton âme, tu t’es fait prisonnier de la raison. Et jamais il n’existât de plus haute et douloureuse trahison.

 

Avec toi-même, tu fus un monstre.

Dessin abstrait au stylo à encre rouge et crayon de couleur.

« Prométhée moderne »