Amoureux

Amoureux

Il avait les yeux gorgés de sommeil

Et ses paupières, comme des fruits bleus,

Battaient contre le soleil.

 

– Sans retour

Il y avait comme un voile de brume

Qui se dressait entre les jours,

Le soleil devenant lune.

 

– Aveuglée

Elle avait fermé sa bouche de soie

Et ses lèvres dénudées ne bougeaient

Plus : libellule épinglée.

 

Sur un lion à Prague

Dans ce quelque part qu’eux seuls connaissaient

Dans ce quelque part qu’eux seuls connaissaient, là-haut,

Il a posé sa main

Sur sa poitrine nue.

Les rayons du soleil

Rougissaient sur leur corps

Et dans leur cœur d’ivoire.

Des voitures passaient,

Ils leurs faisaient un signe

De la main, en riant,

Nus et seuls sur le toit

De leur petit cosmos.

Là, ils firent l’amour

Sur un lit de feuilles

Et d’habits, en riant

Des caresses du vent

Sur leur dos, des feuilles

Tombées dans leurs cheveux.

 

C’était beau.

 

Dans ce quelque part qu’eux seuls-connaissaient, là-haut.

 

Bulle à Prague

Et le train n’a pas cessé d’avancer

Et le train n’a pas cessé d’avancer

Et le jour n’a pas cessé de briller

Et le temps n’a pas cessé de couler

 

Mais le train en avançant

Écrasait nos souvenirs ;

 

Mais le jour en brillant

Aveuglait nos sourires ;

 

Mais le temps en coulant

Inondait notre avenir ;

 

Quand je suis partie.

 

Au-dessus des nuages

La maison ronde

La maison ronde, sans fenêtre, dans laquelle

Nous vivions autrefois

Est maintenant un temple dans lequel

Je me noie.

 

Mais que ta noire colère m’étreigne de nouveau

Et mon cœur sera moins las.

 

L’obscurité de ton regard croisant le mien,

L’obscurité de la nuit… Ah ! Terrible ennui !

Les tourments de ta passion sans limite

N’ont pas d’autre égal que ton mal-être infini.

 

Mais que le temps s’arrête de nouveau

Et le mal-être ne sera plus rien.

 

Si en l’amertume de mes mots délabrés,

En la lacune que nous ne saurions combler,

Si en le squelette de nos âmes nous ne

Trouvons raison, c’est que raison il n’y a pas.

 

Mais que la nuit nous enveloppe de nouveau

Et nous ne serons plus.

 

La caresse de ta chair brûlée n’a jamais

Su réconforter mon âme bien assez chaude déjà,

Quant aux fibres cérébrales de la passion déchaînée,

Elles ne pourraient cautériser une plaie trop bée.

 

Et la douleur, à l’instar de tout le reste,

Est une illusion devenue réalité.

 

Alors je déverse dans la mer amoureuse

Les décombres d’une histoire malheureuse

Et je pleure en creusant dans la Terre ce trou

Car je m’y enterre aussi et j’y oublie tout.

 

 

Un ciel rose

Tournesols, tendres globes oculaires

Tournesols, tendres globes oculaires,

Quel miroir doré voyez-vous

En moi ?

 

N’est-il pas beau, votre bonheur,

Que vous secouez le long de vos tiges

Avec morgue ?

 

N’est-il pas meilleur encore

Face à mon éternelle fadeur

Insipide ?

 

Ah, tournesols…Vous qui êtes le reflet

De ce monde, pourquoi vous montrer

Si perfides, si superbes ?

 

Coucher de soleil sur chapelle

Alors qu’un beau papillon jaune pétulant

Alors qu’un beau papillon jaune pétulant

T’enveloppe de ses ailes acidulées

Tes yeux verts, grands, ouverts, tentent de le chasser.

 

Ton ombrageuse jalousie fait fuir l’ami,

Mais l’ennui est le camarade de l’envie.

 

Et pourtant rien ne t’égare jamais, oui, toi

L’homme brillant aux dents acérées de lézard

Qui de papillons tremblants se nourrit.

 

couple sur la plage d'etretat

Les nuages de ton esprit

Les nuages de ton esprit

De lave sont empoisonnés ;

Malheureux ceux qui

S’y sont aventurés.

 

L’esprit mielleux de mon amour

Est mort, parti pour toujours.

Mais si, comme une chaîne bleue

De montagnes sous les cieux,

 

Si, comme un cobra fantomatique,

Si dans tes bras je renais

Alors je ne suis plus identique

A ce qu’avant j’étais.

 

La vérité est un non-sens caché

Au fond d’un profond puits,

La réalité est un rêve épais

Que personne n’a compris.

 

Et dans ces fleurs du mal involontaire

Où le démon Amour se complaît,

Comme des sillons dans la terre,

Je saigne du nez.

 

Et le temps bat de l’aile,

Loin de moi il s’enfuit.

Hélas ! Créature de la nuit,

Tu fus pour moi trop cruelle.

 

Maintenant que tout est terminé

Je vois ton visage dissimulé

Derrière une rose flétrie

A la pâleur triste et ahurie.

 

ciel brumeux

Il y a en moi

Il y a en moi

Une danseuse

Qui danse qui danse

Qui tourne qui tourne,

Avant de s’effondrer, toujours,

Là, au même endroit,

Quand son jupon s’effeuille

Et quand son pied

-Autrefois si délicat !-

Se plante dans ma chair

Comme un clou

 

Puis la danseuse étoile

La danseuse amour

Se réveille.

Toujours, elle reprend sa danse.

Ma cervelle est son piédestal :

Elle y est fixée ;

Le moindre de ses mouvements de pied

Le moindre de ses frémissements,

La moindre de ses plaies

Me fait chavirer, chavirer…

 

Ciel noir et blanc

La vierge blanche

La vierge blanche accouche

D’un enfant noir de suie

Au bûcher ! Au bûcher !

Brûlez-les.

 

Le jasmin et l’onyx

-La pureté du mal

Et la beauté du vice-

Dans un feu infernal !

Où les années dansent

Dans et autour de nous.

 

Car en nos cœurs rongés,

(Esprits manichéens)

En nos cœurs nous savons

Nous voyons

Que nous avons perdu le chemin.