Se sentir vivant

Se sentir vivant.

De la musique te fait pleurer. Tu n’as jamais été insensible à ce genre de choses depuis que tu existes. Tu as toujours aimé écouter des sons qui te faisaient penser au battement de ton âme, pareille à une délicate aile de papillon. Sacrée, la musique te fait vivre. Elle brûle ton cœur parfois trop noir et te ressuscite enfin ;

Tu n’as en ce monde qu’un seul souhait

Formulé en mars, dans la soirée

Celui de t’immerger tout entier

Dans les gouffres de ta mer gelée

Car pour toujours tu veux disparaître,

Ne plus être vu, et ne plus être.

 

Au fond du précipice tu frissonnes. Las, même, tu t’abandonnes.

Au bord de l’abysse grandiose de ton être, tu ne fuis plus. La vue t’étonne. T’inspire. Tu humes le parfum de la peur, tu t’éprends des nuages cotonneux qui embrument tes pensées, te troublent et t’émeuvent. Un tremblement te prend, tes mains hésitent, palpent le vide. Tu n’as pas peur de te lancer, mais tu crains de regretter le haut de cette falaise. Qui sait ce que tu vas laisser derrière toi ? Qui sait combien de larmes couleront après ton passage, combien de visages seront brisés ?

 

Un éclair déchire brusquement tes célestes pensées. Du fond du ravin, brille une étoile. Devant toi il n’y avait rien que le  néant, et maintenant tu aperçois des éclats de feu, des étincelles de joie, des fragments lumineux de bonheur.

Sauter ne t’a jamais fait peur. La peur n’est rien ; comment pourrais-tu avoir peur du néant, chose qui par définition n’existe pas ? Nihilisme. Mais d’autres avaient peur pour toi, ils avaient peur que tu ne voies pas l’espoir scintillant dans le creux des mains du grand rien.

Tu l’as vu, tu l’as vu. Et maintenant, plus que jamais tu sais, tu as la certitude que, ça y est, tu vas te laisser aller. Tu vas fondre, couler, sauter dans le trou de ta vie si obscure mais si enchanteresse et magnifique.

 

Tu as grimpé une vaste montagne.

Tu t’es baigné en des eaux impitoyables.

Et tu t’es senti vivant.

Illustration du poème Se sentir vivant.

Au bord de l’abysse grandiose de ton être

Avez-vous aimé le poème ? Et que pensez-vous de son illustration ? On se retrouve la semaine prochaine pour la suite du recueil !

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